« Les Coopérateurs Salésiens »
L’intégration envisagée et repoussée
Les années passaient. Don Bosco menait son apostolat, aidé de collaborateurs dévoués, ecclésiastiques et laïcs. L’idée d’une association faisait son chemin dans son esprit.
Depuis 1859, il avait réussi à jeter les bases d’une congrégation religieuse dont les membres, clerc ou laïcs, menaient vie commune et se liaient par des vœux. Mais qu’allaient devenir les collaborateurs de toujours, ceux qui lui avaient permis de faire ce qu’il avait fait? Pour les dédommager en quelque sorte de la peine qu’ils s’étaient donnée, il projeta, en dépit de leur situation spéciale, de les faire entrer dans sa congrégation religieuse. De fait, les constitutions soumises à Rome en 1864 contenaient un chapitre, le seizième, consacré aux « membres externes ». Les deux premiers articles disaient :
« 1° Toute personne, même vivant dans le siècle, dans sa maison, au sein de sa famille, peut appartenir à notre Société.
2° Elle ne fait aucun vœu, mais tâche de mettre en pratique tout ce qui, dans le règlement, est compatible avec son âge, son état et sa condition, comme de faire ou de promouvoir des catéchismes pour les enfants pauvres, de promouvoir la diffusion de bons livres, de favoriser l’organisation de triduums, de neuvaines, de retraites ou d’autres œuvres de charité qui visent plus spécialement le bien spirituel de la jeunesse ou du petit peuple . »
L’article 5 est étonnant. Il stipule que « tout membre qui, pour un motif valable, sortait de la Société, est considéré comme membre externe ».
Que va penser Rome de tout cela? Dans sa relation du 6 avril 1864, le consulteur de la Congrégation des Evêques et Réguliers écrivait à ce propos : « Je pense qu’il serait bon de supprimer tous les articles de ce numéro seize, comme ceux qui présentent une nouveauté du fait de l’affiliation de l’Institut de personnes étrangères : ce serait un véritable danger en raison des temps qui courent et des lieux peu sûrs ». Les remarques du pro-secrétaire Svegliati abondaient dans le même sens : « On ne peut admettre que des personnes étrangères au pieux Institut y soient inscrites par mode d’affiliation. »
Don Bosco se défendit. Il tenait à sauver « son » chapitre qu’il consentit cependant à mettre en appendice. Il opéra quelques changements (dont l’abolition de l’article 5) et soumit encoure une fois le tout aux autorités romaines. Finalement, pour obtenir l’approbation définitive de ses constitutions en 1874, il dut se résigner à supprimer les articles litigieux.
Ainsi échoua le projet initial de Don Bosco. Il y a cent ans, les esprits n’étaient pas disposés à accepter ce qui pouvait apparaître comme un mélange indu de régulier et de séculier, tandis qu’aujourd’hui l’Eglise encourage les « Instituts Séculiers », dans la ligne souhaitée par Don Bosco à son époque.



